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DE MEAUX A AUJOURD'HUI

terrain de Meaux

AVANT LA CREATION DU TERRAIN ACTUEL

Le premier champ d'aviation créé à Meaux fut celui de" Charmentrais " Charny Fresnes, qui fut établi peu après la bataille de la Marne le long de la Nationale 3, en face de la ferme de la Conche, du côté opposé à l'actuel monument Galliéni. Ce terrain reçu l'escadrille S.PA 62 en 1918.

Ce terrain vit en outre, pendant la grande guerre, séjourner François Coli qui disparaîtra avec Charles Nungesser le 9 mai 1927 dans la tentative de traversée de l'Atlantique à bord du Biplan Levavasseur "l'Oiseau Blanc".

Ce terrain sera remis en culture fin mars 1919, après la levée de la réquisition des terres par le chef d'état major de la 5e région. On n'entendra plus parler de terrain d'aviation jusqu'à la création de l'aéroclub de Meaux en octobre 1934 sous la présidence de Monsieur Beurier. Cet aéroclub chercha à se doter d'un terrain.

Il fut tout d'abord envisagé à Poincy, idée abandonnée par manque de place. Puis fut découvert l'emplacement de Isles Les Villenoy, de 60 hectares.

Après de nombreuses démarches auprès de la municipalité, du Ministère de I'air, l'état consentit à acheter le terrain.

C'est à ce moment que Henri MIGNET, constructeur du" pou du ciel" entendit parler du terrain. Prenant de vitesse l'aéroclub de Meaux, il obtint du Ministère l'autorisation de s'installer à Isles les Villenoy.

L'AERODROME DE MEAUX-ESBLY

Les balbutiements aéronautiques de Meaux-Esbly débutent donc en 1935 avec l'achat, par Henri Mignet, d'un terrain de quelque 100 x 30 mètres, en bordure de la route d 'Esbly , pour édifier un hangar de construction d'avions, (aujourd'hui occupé par l'Aéro-Club d'Esbly). Il s'agit d'un terrain privé.

Quelques temps après, le jeudi 17 octobre 1935, à côté du terrain privé d'Henri Mignet, ont commencé les travaux de l'aérodrome de Meaux-Esbly que l'on dénomme alors "aérodrome du pou du ciel". Trente ouvriers participent à la construction des bâtiments. A côté du terrain privé d'Henri Mignet, Meaux-Esbly devient officiellement aérodrome.

L'aéroclub de Meaux s'y installe et le mardi 26 novembre 1935, au cours d'une assemblée l'aéroclub de Meaux décide I'achat d'un avion POTEZ 36. Il estime à cette époque que la somme globale pour apprendre à piloter sera approximativement de 3.500 Francs.

On verra, un peu plus tard sur le terrain apparaître un avion construit par monsieur Jamin garagiste à Meaux.

Le "Pou du Ciel" HM14 d'Henri Mignet fit son premier vol à Meaux-Esbly en 1935. C'est un bi-plan équipé d'un moteur bi-cylindre 2 temps Aubier-Dunne de 17 CV, objet d'un très grand enthousiasme populaire.

M. Maurice Petit, menuisier à Meaux, fut voisin et ami de Henri Mignet durant les années de 1936 à 1939 alors que ce pionnier de l'aviation légère à l'esprit ouvert et au talent créateur se débattait pour que sa formule soit adoptée et qu'il puisse construire en toute liberté.

C'est donc sur ce terrain que Mignet réalisa le premier pou du ciel appelé "Pou-Bébé", un rnono-place pour lequel M. Maurice Petit réalisa quelques pIèces en bois.

Le "Pou du Ciel" se voulait un avion de construction pour amateur, qui moteur compris, coûtait 6000 F .Jusqu'en 1965, Henri Mignet a produit quelque 40 modèles d'avions différents !

Le pou du ciel

Ce "Pou.Bébé" avait 5 m d'envergure et 3m50 de long. Plus tard, il construisit le H.M- 21, biplace côte à côte, équipé d'un moteur Minie 70 CV.

C'est sur cet appareil qu'un pilote - instructeur bien connu sur le terrain, Jacques Petit, fils de Maurice Petit fit ses premières armes en double commande. Jacques Petit qui totalise aujourd'hui plus de vingt deux mille heures de vol le doit pour une certaine part à Henri Mignet de qui il garde un souvenir ému.

Maurice Petit rappellait également que vers 1938 alors que le vol en double commande était interdit . Henri Mignet, son fils et lui partaient tôt le matin avant le travail d'une .façon presque clandestine, pour aller voler quelques minutes à Isles les Villenoy.

Le pou du ciel

Henri Mignet et son HM14 "Pou du Ciel" à Meaux Esbly (1936)

Le pou du ciel

Le hangar entouré de plusieurs "poux du ciel"

L'année 1938 fut la grande époque de "l'aviation populaire", équipée de Caudron Luciolle et Salmson Cricri, qui furent ensuite affectés à l'aviation prémilitaire, à l'aube de 1939-40.

L'aéroclub de Meaux et de la Bourse et son président M. Desmoulins ont participé à la formation de pilotes de chasse espagnols sur Potez 60 ; ceux-ci prirent part ensuite à une guerre fratricide dans leur pays. André Malraux fréquentait alors la plateforme et effectuait des convoyages d'avions, vers l'Espagne.

En effet, depuis 1794, les batailles de Charleroi et Fleurus ont montré l'importance déterminante de l'observation du champ de bataille depuis les airs par aérostats gonflés à l'hydrogène. Pendant le Siège de Paris en 1871 les aérostiers sont présents dans les airs de jour comme de nuit. Gambetta quitte Paris par ballon vers Tours et Bordeaux pour échapper à l'étau ennemi encerclant la capitale.

La guerre de 1914 - 1918 conforte l'importance de l'aviation pour la protection de Paris, avec installation d'une escadrille de chasse au Bourget.

En 1936, l'Etat Major élabore, dès le temps de paix, et dans le plus grand secret ses plans de déploiements aériens autour de la capitale, Meaux-Esbly, Mitry-Mory, Chelles-le-Pin, Lognes-Emerainville, Saint-Cyr-l'Ecole, Guyancourt, Toussus-le-Noble, Chavenay, Le Plessis-Belleville et Issy-les-Moulineaux deviennent "terrains d'opération pour le temps de guerre".

 

LE TEMPS DE GUERRE

A Meaux-Esbly, aucune superstructure ne sera réalisée, les seules installations consisteront en des citernes de carburant enterrées. Le 27 août 1939, Meaux-Esbly accueille l'escadrille de chasse de nuit 1/13 dont l'insigne est une chauve souris aux ailes déployées sur fond de lune hérité du groupe de bombardement VB137 de la Première Guerre mondiale.

Potez

le Potez 631 du groupe de chasse 1/13 en opération de guerre à Meaux-Esbly en 1940

Elle constitue avec la 2/13 du Plessis-Belleville, les "moyens d'aviation de chasse de nuit de la région parisienne", sous les ordres du capitaine Ygnard. Les avions d'arme sont des Potez 631, triplace, volant à 445 km/h, soit 100 km/h de moins que les chasseurs allemands.

Leur plafond était de 4 000 mètres et l'armement constitué de 2 canons et de 6 mitrailleuses. Les pilotes prirent part au combat avec... seulement 1 canon et 2 mitrailleuses avec la bravoure que l'on sait, le livre de marche de l'unité en apporte la preuve.

L'escadrille aura son cantonnement dans la ferme Bel à Isles-les-Villenoy, officiers et sous-officiers étant logés chez l'habitant à Esbly et Villenoy. Du 10 mai au 24 juin 1940, le 1/13 participe à la bataille de France; ses équipages opèrent de nuit comme de jour. Le 16 mai 1940 l%u2019 avance allemande est telle que les unités de chasse basées plus au nord doivent se replier vers d'autres terrains ( Meaux-Esbly et un autre terrain peu connu Betz-Bouillancy). Le 17 mai ils repèrent notamment l'avance des blindés allemands dans la région de Saint-Quentin.

Le lendemain, Meaux-Esbly est bombardé à deux reprises par des Heinkel 111, quelques avions sont endommagés. L'avance des troupes ennemies oblige le 1/13 à se replier à Illiers, en Eure-et-Loir. La fin des hostilités voit le regroupement des quatre unités de la 13 à Aix-les-Milles, puis Nîmes-Garons. Le 1/13 et le 2/13 seront dissous en novembre 1942.

A la même période, le 23 mai 1940, vers 7 h 30, le Bloch 174 n ° 24 piloté par le Capitaine Antoine de Saint-Exupéry, se pose à Meaux, venant d'Orly. Il en repart vers 14 h escorté de 9 Dewoitine 520 du groupe 1/3 sous les ordres des Capitaines Pape et Schneider. C'est la mission sur Arras, qui donnera naissance au livre "Flight to Arras" publié aux Etats-Unis et interdit en France pendant la guerre, et dont la version française sous le titre de "Pilote de Guerre" qui ne sera lue des Français qu'après 1945.

L'aérodrome de Meaux-Esbly - en juin 1940 - sera utilisé par les allemands pour se ravitailler en vivres français réquisitionnés, à l' aide de Junker 52 trimoteurs.

Junker 52

Le Junker JU 52 (ici un appareil de l'Afrika Corp), ce type d'avion a utilisé l'Aérodrome de Meaux-Esbly

Ensuite, la plate-forme est remise en culture jusqu'en 1945. A la Libération, l'Armée de l'Air française crée sur la plate-forme la Base aérienne 923. Le détachement de gardiennage et d'entretien de stations radar DGESR 70/923 s'y installe côtoyant de nombreux aéroclubs. L'aérodrome est ouvert à la circulation aérienne publique par décision ministérielle du 7 août 1946. retrouvons la carte VAC de 1946 et les renseignements détaillés

DOMAINE D'AÉROPORTS DE PARIS

C'est en application du décret n° 49610 du 2 avril 1949 que l'aérodrome de Meaux-Esbly cesse d'être base militaire; ADP reçoit la plate-forme en dotation d'Etat et portera sa superficie à 102 hectares par l'acquisition de 17 hectares nécessaires à la réalisation de la piste Est/Ouest. Un bloc d'accueil sera édifié à proximité de la tour de con­trôle.

On put y voir, en juin 1948, 1949, 1950, s'y donner le grand prix aérien de la ville de Meaux . course triangulaire entre Isles les Villenoy, Charny, sur Nord Ecrin Depuis 1985, l'aérodrome dispose d'un Plan d'Exposition au Bruit (PEB) présenté aux membres de la Commission Consultative de l'Environnement constituée par le Préfet, Commissaire de la République du département de Seine et Marne. Il est pris en compte pour l'établissement des Plans d'Occupation des Sols (POS) des communes concernées. De manière simultanée, de nouveaux circuits de piste ont été élaborés par ADP et présentés aux autorités élues du secteur . Plusieurs associations ou aéroclubs et tous les propriétaires d'avions privés sont réunis au sein du Groupement des Usagers de l'aérodrome de Meaux-Esbly (GUAME) dont le président, M. Prodhome, préside également l' ACDF . Le GUAME est en fait le moteur de la vie de l'aérodrome, fêtes aériennes annuelles, Grand Prix de Paris en ULM.

Planeur Emouchet
Le planeur Emouchet et la "tour de contrôle"
de campagne dans les années 1949

Flotte de planeur

Une flotte des planeurs avant le vol

Au début des années 80, l'Aérodrome de Meaux-Esbly accueillit les pilotes d'ULM.Le commandant de l'Aérodrome de l'époque, Jacques Mangenot participa à l'organisation de plusieurs manifestations ULM.

Le 1er juin 1984 est organisé sur le terrain, le grand Prix de Paris ULM patronné par la

Mairie de Paris et l'Aéro-Club de France. L'épreuve est remportée par un pilote de la plate-forme, Patrick Fourticq.

Le Sirocco KFM du vainqueur du Grand Prix de Paris ULM en 1984

Jacques Mangenot lors du Grand Prix de Paris ULM

En 1986, on fête le cinquantième anniversaire du terrain. Le samedi matin 3l mai, 5 000 enfants accompagnés de leurs enseignants ont présenté et fait évoluer autant de cerfs volants. Frappés des couleurs des annonceurs, auxquels s'était associé ADP, gestionnaire de la plate-forme, les cerfs-volants devenaient propriété des pilotes en culottes courtes de 38 communes de Seine-et-Marne. Ils étaient 5 000 enfants, ceux d'Esbly pilotaient les cerfs-volants d'ADP.

En fin de soirée, le vernissage de l'exposition photographique retraçant la vie de l'aérodrome de Meaux-Esbly, réunissait, autour de M. Costet, Directeur général d'ADP et M. Di Chiara, Commissaire adjoint de la République de l'arrondissement de Meaux, les personnalités locales élues et les organisateurs du Groupement des Usagers de l'aérodrome, dans les locaux de l'Union des Pilotes Civils de France.

Une exposition statique d'avions et d'ULM, puis un spectacle de nuit animé par le chanteur Pierre Bachelet -venu à plusieurs reprises piloter sur le terrain - clôturait cette journée dont le point final était donné par huit montgolfières illuminées.

Le dimanche 1er juin 1986 fut réservé à la manifestation aérienne. Patrouille de voltige aérienne, parachutistes, ULM, planeurs et montgolfières multicolores ont occupé le ciel de Meaux-Esbly

Rencontre entre M. Mignet, fils et M. Costet, Directeur Général d'ADP en présence de M. Mangenot, Commandant de l'Aérodrome.


31 mai 1986, Meaux-Esbly fête ses 50 années d'existence.

Ci dessus, la tour de contrôle et quelques uns des mille opérateurs de cerf-volants en culotte courtes.

Cerfs-volants
La tour de contrôle vue du ciel

Cerfs-volants
Cerfs-Volants, ballons captifs, hélicoptères dans le ciel de Meaux-Esbly

Fete aerienne
Au complet la flotte des participants de la fête aérienne

La grande fête des 50 ans se termina par le tir du bouquet sur fond de mongolfières

L'Aérodrome de Meaux-Esbly a accueilli le siège de la Fédération Française de Giraviation jusqu'en 2004. Plusieurs championnat de France d'Hélicoptères se sont disputés sur la plate-forme durant ces 15 dernières années.

L'Aérodrome de Meaux-Esbly héberge le premier aéroclub créé au monde, l'ACDF (Aéronautique club de France) fondé en 1897 par Monsieur Saunière.

C'est en effet, le 20 octobre 1897 que des hommes se réunissaient dans un café de l'avenue de Clichy à Paris pour constituer une société de vulgarisation scientifique qu'ils ont dénommée "Aéronautique Club". C'est ainsi que le premier aéroclub au monde a vu le jour.

Le but poursuivi par les fondateurs était d'abord de développer l'aérostation par l'étude pratique et la construction des appareils aérostatiques.

Le ministre de la Guerre par une décision en date du 26 septembre 1898 confiait à l'Aéronautique club de France le soin de faire fonctionner une école préparatoire destinée aux aérostiers du génie, puis, plus tard, aux candidats aux carrières militaires et mécaniciens.

En 1940, la guerre et l'occupation interrompirent l'activité de l'association.

En août 1945 l'activité reprend. Après avoir été au 37, rue La Fayette à Paris de 1926 à 1967, le siège de l'association est transféré sur l'Aérodrome de Meaux-Esbly.


Une des anecdotes du terrain de Meaux-Esbly - Extrait d'un journal local de l'époque à propos du tournage du film "Babette s'en va t'en guerre" avec Brigitte Bardot.

Brigitte Bardot n'a pas de chance avec les avions. Elle a été victime de deux accidents, sans gravité heureusement, en vingt quatre heures.

Alors qu'elle tournait hier une scène de son dernier film, "Babette s'en va t'en guerre", à l'Aérodrome de Meaux-Esbly, l'appareil dans lequel elle avait pris place avec son partenaire Jacques Charrier, a accroché une palissade en ciment avec son aile.

Très heureusement le pilote freina et l'on constata les dégâts : une hélice tordue, l'aile en piteux état et Brigitte Bardot très pâle, qui supporta pourtant l'aventure avec beaucoup de cran.

Deuxième tentative de décollage ce matin : dès le départ l'avion a heurté un tas de bois. Brigitte Bardot, cependant, s'est tirée indemne des deux accidents et continue de tourner.


Merci à tous ceux qui m'ont aidé à reconstituer cette histoire de l'aérodrome de Meaux-Esbly, et en particulier à Jacques Petit, la mémoire vivante du terrain.

Je remercie par avance tous ceux qui pourront contribuer à enrichir ce texte ou m'aider à en corriger les inexactitudes.

Jean-Paul Fourticq
Instructeur Aéroclub d'Esbly